Département de la Souveraineté Numérique
Les utilisateurs des réseaux sociaux de masse ne travaillent pas pour eux‑mêmes : ils travaillent pour les plateformes, souvent sans en avoir conscience. Chaque geste, chaque scroll, chaque interaction nourrit des systèmes conçus pour capter l’attention et transformer les comportements en données exploitables. L’utilisateur devient une ressource, un flux mesurable, un producteur involontaire de valeur pour des entreprises dont les intérêts ne sont jamais artistiques, mais commerciaux.
Les plateformes vivent de la production gratuite de contenu : sans les utilisateurs, elles n’existeraient pas. Pourtant, ce travail créatif n’est ni rémunéré ni protégé. Les algorithmes, eux, filtrent, hiérarchisent et orientent les contenus selon des critères de rentabilité. L’artiste n’est plus libre : il devient un fournisseur de stimuli calibrés pour retenir l’attention le plus longtemps possible.
Dans ce cadre, l’art nouveau ne peut pas se diffuser. Les réseaux imposent des règles opaques, des censures automatiques, des formats contraints qui limitent la liberté d’expression. L’art qui dérange, qui questionne, qui invente, est immédiatement pénalisé par les mécanismes de visibilité. Un art réellement nouveau refuse la standardisation, la viralité obligatoire, la conformité aux tendances. Il exige des espaces où l’expérimentation n’est pas punie par un algorithme, où l’indépendance artistique n’est pas compromise par des impératifs marchands.
Les réseaux sociaux de masse ne sont donc pas des lieux de création libre. Ce sont des infrastructures industrielles où les utilisateurs produisent, sans le vouloir, de la valeur pour des entreprises qui contrôlent la diffusion, la visibilité et les normes. Dans un tel environnement, l’art nouveau ne peut ni naître ni se propager. Il a besoin d’espaces indépendants, de souveraineté créative, de zones où l’expression échappe à la logique commerciale et retrouve sa puissance d’invention.
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